LEBRECHT A L’ECOUTE | Benjamin Baker et Daniel Lebhardt offrent un album conceptuel merveilleusement posé et exemplaire

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Image de la couverture de l'album
Image de la couverture de l’album

1919 Coda : Janacek, Boulanger, Debussy, Elgar (Delphien)

★★★★★

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Le titre de ce récital violon-piano demande quelques explications. En 1919, deux des compositeurs nommés étaient morts et un troisième était épuisé. Seul Leos Janacek tirait sur tous les cylindres – en fait, sur plus de cylindres qu’il n’en avait jamais eu auparavant. Si 1919 était une référence, cela ne ressort pas de leurs cycles de vie. Cependant, l’année marque un point final pour l’ère de la guerre et ces sonates existent dans ce passé immédiat, sans aucune pensée de présent ou de futur.

La sonate de Janacek, achevée en 1915 et révisée pendant six années supplémentaires, est un chef-d’œuvre composé dans le vide. Le compositeur, plus de 60 ans, attendait Prague pour reprendre son opéra Jenufa, créé à Brno en 1904. Jusqu’à ce qu’il atteigne la capitale, il ne pouvait pas avancer. En 1915, Prague accepta l’opéra, mais avec de sévères révisions. Le mariage de Janacek s’effondrait. Pendant la guerre, il détestait l’Autriche et l’Allemagne, aspirant à l’indépendance tchèque. Ces élans imprègnent la sonate de tensions complexes et contradictoires. En 1919, Jenufa avait été acclamée internationalement et Janacek était amoureux d’une jeune femme inaccessible.

Claude Debussy se mourait d’un cancer du rectum et les canons allemands résonnaient à Paris alors qu’il composait un triptyque de sonates, dont celle-ci est la dernière et la plus intime. Pour un homme qui tenait le monde à distance, cette sonate est chaleureuse, engageante mais non sentimentale. Sa création en mai 1917 est le dernier concert auquel assiste Debussy, dix mois avant sa mort.

Edward Elgar se remettait d’une opération à la gorge lorsqu’il écrivit la sonate pour violon et piano à la fin de la guerre. Il a continué à compléter un quintette avec piano et le concerto pour violoncelle mais, après la mort de sa femme en 1920, n’a rien écrit de plus important. La sonate est, à bien des égards, son épitaphe.

Lili Boulanger a souffert d’une maladie chronique tout au long de sa courte vie. Elle remporta un prix national convoité en 1913, mais mourut cinq ans plus tard, à l’âge de 24 ans. Ses deux courtes pièces dans ce récital témoignent plus d’une promesse que d’un accomplissement.

Donnant vie à ces disparités, deux musiciens basés au Royaume-Uni, le violoniste néo-zélandais Benjamin Baker et le pianiste hongrois Daniel Lebhardt. S’ils tendent un peu trop à la beauté conventionnelle chez Janacek, leur austérité est parfaite chez Debussy et Elgar, évoquant une sympathie retenue pour ces confessions morbides. Le jeu est merveilleusement équilibré, un album concept exemplaire bien adapté à la situation et à l’individualité de chaque compositeur. Baker et Lebhardt racontent quatre histoires très humaines, chacune imparfaite. J’étais sur le bord de mon siège tout au long.

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